Éditorial

Antoine VAYER

Il faut 21 ans de travail , souvent en se heurtant à l’omerta, à des murs d’hypocrisie, pour qu’une idée hors norme, juste, aboutisse et que les mentalités évoluent. Nous y sommes. Voici la preuve par 21 coureurs, comme les 21 lacets « mythiques » de la montée du col de l’Alpe d’Huez que la 100ème édition du Tour de France a choisi de faire gravir aux cyclistes professionnels deux fois cette année.  L’occasion est belle  mais l’épreuve « sportive » l’est-elle encore ? Vous, public, allez répondre.

 

Car le dopage, c’est quoi ?  C’est,  par définition :

La pratique consistant à absorber des substances ou à utiliser des méthodes interdites afin d'augmenter ses capacités physiques ou mentales : ses performances


Alors que tout le monde est focalisé sur la première partie de la définition dudopage et se fie à des contrôles antidopage facilement contournables, ce magazine décrit, par le menu, la seconde : la performance. Le « je n’ai jamais été contrôlé positif » doit faire place à « je n’ai jamais été flashé aux radars à 430 watts étalon dans le dernier col d’une longue étape de montagne». C’est plus probant. Vous le constaterez en lisant ce magazine. Autant que des rapports de 1000 pages comme le dernier de l’Agence antidopage américaine qui a révélé l’affaire Armstrong , autant que les investigations de douane et de police qui ont amené les affaires et procès « Festina » ou « Puerto », les preuves de la supercherie existent dans l’analyse et l’interprétation des performances. Imaginez qu’un Christophe Lemaitre, premier « blanc » à avoir passé la barre du 10 secondes au 100 mètres en athlétisme se mette subitement à faire un 9 sec 60 » ! Vous feriez des bonds ! En cyclisme, nous pouvons mesurer les « Ben Johnson » grâce à une unité de puissance : le watt à la place des secondes. Je fais des bonds depuis  21 ans.  J’ai fait ce magazine. Je vous propose de constater et de mesurer, vous-même, les performances . Je parle de révélateur : la montagne est le révélateur du dopage. Dans les cols, pas de vitesses élevées, moins de phénomène «d’aspiration » et des pentes aux dénivelés référencés. Idéal pour calculer exactement la puissance musculaire de chaque coureur selon sa morphologie et pour placer des « radars ». Cette puissance, exprimée en watts, est l’indicateur le plus fiable de la prise éventuelle de produits dopants. Depuis vingt ans, avec mes collaborateurs, nous compilons les données et je les interprète selon une méthode éprouvée. Pour comparer les performances d’un coureur «poids léger» (Marco Pantani, 56 kg) et d’un « poids lourd » (Miguel Indurain, 80kg), nous les ramenons à un « coureur étalon » de 70kg. Ces calculs de puissances développées dans les cols m’ont permis d’identifier trois zones de performances : le seuil « suspect » à partir de 410 watts, le «miraculeux » au-delà de 430 et enfin le «mutant» au-delà de 450.  J’ai associé ces seuils à des couleurs pour que la lecture du magazine soit «visuelle».  Il est fait à l’intention du simple spectateur, des acteurs du cyclisme et des scientifiques, pour leur lucidité critique. Ainsi nous montrons comment le tandem Hinault-LeMond, pourtant huit Tours à eux deux, vainqueurs main dans la main en 1986 a mis dix minutes de plus pour grimper l’Alpe d’Huez, sur 13,8 kilomètres de montée, que des coureurs comme Pantani ou Armstrong. Ils ont développé 15 à 20 % de watts en moins, ce en tenant compte de toutes les données de progression que la technologie ou l’entrainement ont apporté selon l’époque. C’est un non sens. Nous expliquons notre méthode dans les premières pages. Nous revisitons depuis 1982 le palmarès du Tour et pouvons ainsi dégager les grandes « ères du dopage ». Elles correspondent à des performances et à différents types de produits ou méthodes dopantes plus ou moins« lourds» associés. Nous plaçons des radars depuis 20 ans, différents selon les conditions de course. Nous expliquons ce concept. En cela, ce magazine est sans doute le premier de « journalisme de données » commentées et interprétées. Ensuite, nous proposons 21 portraits des plus grands coureurs de ces trois dernières décennies. Ils sont classés par ordre de « puissance » ( Voir p. 119), comme les 21 lacets de l’Alpe d’Huez, qui ont tous un nom « historique ». Nous les rebaptisons avec notre nomenclature et nos couleurs jaune, orange ourouge ; symboles d’exploits suspects, miraculeux ou mutants. Chacun des 21 portraits est construit de la même manière : Les données des plus grandes performances du coureur en couleurs, flashé par les radars-watts étalon, « sa belle histoire », « l’autre histoire », un article atemporel éclairé par un clin d’oeil du dessinateur LUZ, une rubrique « Il a dit », « On a dit de lui » et une revue de presse souvent dithyrambique, symbole de la complicité des médias obséquieux à l’égard des «champions ».  Nous tirons également le portrait de certains coureurs qui ont appartenu au « ventre mou » du peloton et qui auraient mérité une meilleure place. Et puis, parce qu’il y a des raisons d’espérer, nous vous présentons nos radars 2013 pour la 100ème édition duTour. Ils sont au nombre de six. La naïveté est le fond de commerce du dopage. Vous allez pouvoir juger de manière interactive, en tant que spectateur, dans votre canapé, avec un chronomètre, comme si vous chronométriez des Ben Jonhson ou des Christophe Lemaitre. Pas comme des maquignons, mais comme des scientifiques. Vous allez pouvoir calculer simplement les niveaux éventuels de tricherie, de mensonge et de vol associés, selon que les cyclistes sont verts, jaunes, oranges ou rouges. Vous pouvez vous-mêmes aller vous tester dans ces cols avec votre vélo, pour mieux vous rendre compte. La partie scientifique finale achèvera de convaincre les plus sceptiques et répondra à certaines questions. Le magazine est également agrémenté d’interviews d’experts de la lutte antidopage. Ils témoignent de manière saisissante. Nous vous invitons sur notre site www.alternativeditions.com après lecture du magazine, en complément et pour suivre son caractère « interactif ». Votre avis nous intéresse. Je vous souhaite une bonne lecture. Bon Tour 2013, suivez-le avec attention grâce à la Preuve par 21 !

 

Antoine VAYER.

Hinault Dauphiné 1977

La passion du cyclisme ou le simple attrait pour ce sport-spectacle télévisé, commence par une image, un choc, un révélateur. C’est par exemple  celle de Bernard Hinault, seul échappé, puis  tombé dans le  Col de Porte lors de la course du Dauphiné Libéré 1977. Le jeune Breton est plein de panache à l’orée de ses cinq victoires sur le Tour de France. Malgré cette chute, il sera relevé, puis poussé dans la montée terminale de la terrible côte de la Bastille, à Grenoble. Finalement, en sang, épuisé, en marchant, puis en remontant sur son vélo, il va gagner.  Cette photo est un symbole. Elle m’a fait vibrer comme d’autres.  Mais elle n’est plus que le symbole d’un sport qui  attend qu’on lui tende une main pour sortir du ravin dans lequel  le dopage l’a plongé. Puisse ce magazine aider le cyclisme et les coureurs à retrouver leur crédibilité grâce à la vérité assumée sur le passé, sur le présent « moins pire », afin qu’une réconciliation puisse s’opérer pour le futur . Le vélo, anagramme de love,  pourra alors devenir un sport « héroïque » au plein sens du terme, qui fasse vibrer et rêver.

 

Antoine VAYER

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